Il n’est jamais trop tard pour ouvrir une nouvelle porte

Il y a quelque temps, je vous annonçais l’arrivée dans ma vie d’une certaine Salomé Becker.

Je la présentais encore avec précaution. Comme on présente quelqu’un que l’on connaît bien mais dont on ne sait pas encore très exactement quelle place elle va prendre. Aujourd’hui, les choses ont changé. Salomé est là. Et je crois bien qu’elle a l’intention de rester.

Pendant des années, j’ai écrit sur le bien-être, le corps, les massages, les voyages, les traditions, la connaissance de soi. J’ai été journaliste, thérapeute, enseignante. J’ai cherché, expérimenté, rencontré, transmis.

Cette Galya-là est toujours là. Je n’ai aucune envie de la congédier. Mais il arrive peut-être un moment dans une vie où l’on cesse de se demander si ce que l’on désire faire est cohérent avec ce que l’on a fait jusque-là. On en a simplement envie. Et on ouvre la porte.

La mienne donnait sur un territoire que je connaissais finalement depuis très longtemps : celui du roman policier. J’ai grandi avec lui. J’ai dévoré Conan Doyle, Simenon, Agatha Christie, Boileau-Narcejac et bien d’autres. J’ai aimé les énigmes, les enquêtes, les atmosphères, les personnages ambigus. J’ai appris très tôt le plaisir délicieux d’être menée par le bout du nez par un auteur.

Puis la vie m’a entraînée ailleurs. Ou plutôt, je le croyais. Car lorsqu’est venue l’envie d’écrire à mon tour un polar, je me suis aperçue que tout ce que j’avais exploré pendant des décennies revenait avec moi. On ne se débarrasse pas si facilement de ses vieux compagnons. Les symboles étaient là. L’astrologie aussi. La quête de sens. La psychologie humaine. Le visible et l’invisible. La lumière et l’ombre. Il ne manquait plus que quelques cadavres.

Pourquoi un autre nom ? Je pourrais répondre qu’il fallait distinguer clairement mes livres consacrés au bien-être de mes romans policiers. C’est vrai. Mais ce n’est peut-être pas toute la vérité. Avec Salomé Becker, je me suis autorisée une autre liberté. Celle d’inventer. De mentir effrontément — privilège délicieux du romancier. De créer des personnages et de les envoyer là où je n’irais jamais. De jouer avec le danger, la peur, le doute, le désir, la folie, la mort. Et surtout de ne plus être obligée d’expliquer. 

Lorsque j’écris un article ou un livre de transmission, je cherche à comprendre, à structurer, à éclairer. Le roman m’offre exactement l’inverse. Je peux ouvrir une porte et laisser le lecteur entrer. À lui de regarder. À lui de douter. À lui de se perdre. Et éventuellement de trouver son propre chemin.

Salomé m’a offert cela : le plaisir du jeu.

Pour sa première aventure, Salomé ne pouvait évidemment pas se contenter d’un petit meurtre bien raisonnable. Elle a choisi le Zodiaque. Dans Le 13e Signe, douze crimes répondent aux douze signes astrologiques. Et Paris devient le terrain de l’enquête.

Le Père-Lachaise. Les Catacombes. Le Louvre. La place de la République. Versailles. Montmartre. Notre-Dame… Des lieux que nous connaissons — ou croyons connaître — changent soudain de visage. Car j’aime ce Paris-là. Celui que l’on peut parcourir mille fois et qui conserve pourtant ses replis, ses symboles, ses légendes et ses secrets. 

Au milieu de cette géographie familière commence une traque. Il y a Luciana Vega. Il y a Julius Alk. Il y a un commissaire, des enquêteurs, des victimes, des indices, des erreurs, des certitudes qui s’effondrent. Et il y a surtout cette mécanique du Zodiaque qui semble ordonner les crimes. Pourquoi ? Que cherche réellement celui qui tue ? Et que vient faire dans tout cela ce fameux treizième signe ?

Je m’arrête là. Un auteur de polar doit tout de même savoir tenir sa langue.

Je tiens beaucoup à cette expression. Parce que Le Treizième Signe est d’abord un polar. Je veux que l’on cherche le coupable. Je veux que l’on se trompe. Je veux que l’on soupçonne la mauvaise personne et que l’on ait envie de tourner la page suivante. Je veux que l’on s’amuse.

Mais sous cette première histoire, une autre peut apparaître. Que faisons-nous de nos croyances ? À quel moment une connaissance devient-elle une certitude ? Pourquoi avons-nous tellement besoin de donner du sens à ce qui nous arrive ? Et que se passe-t-il lorsque notre grille de lecture du monde devient plus forte que le monde lui-même ? Je n’ai pas envie de répondre à ces questions.

C’est peut-être là, précisément, que Galya et Salomé se rejoignent. Pendant longtemps, j’ai cherché à transmettre. Aujourd’hui, j’aime aussi laisser une question ouverte et m’en aller sur la pointe des pieds.

C’est sans doute ce que représente réellement Le 13e Signe pour moi. Pas seulement mon premier thriller. Une nouvelle liberté. Celle de commencer autre chose sans renier ce qui précède. Nous avons parfois une étrange conception de nos vies. Comme s’il fallait avancer sur une ligne droite. Choisir un territoire. S’y tenir. Être cohérent.

Je crois de moins en moins aux lignes droites. Je crois aux chemins de traverse. Aux curiosités qui reviennent après avoir dormi pendant des années. Aux envies que l’on avait mises de côté. Aux portes que l’on n’avait jamais pensé ouvrir, ou que l’on croyait avoir dépassées. Et je crois surtout au plaisir de rester vivant dans ce que l’on crée.

Aujourd’hui, le bien-être, les massages, les traditions, les voyages, le corps et la connaissance de soi continuent de faire partie de ma vie. Mais quelque part dans Paris, Salomé Becker rôde également. Elle enquête. Elle observe. Elle tue même quelques personnes ; uniquement sur le papier, je vous rassure.

Et moi, je m’amuse énormément. Peut-être est-ce cela, finalement, cette nouvelle étape : ne plus avoir besoin de choisir entre toutes les personnes que j’ai été et celles que j’ai encore envie de devenir.

Le 13e Signe existe désormais.

Je suis heureuse de vous inviter à entrer dans son univers. Et si vous avez envie de suivre Salomé Becker au-delà de cette première enquête…Je peux déjà vous confier quelque chose.

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