

Nous sommes rentrés depuis presque un mois. Les vacances sont rangées, les enfants ont repris l’école, les agendas se sont remplis et la rentrée littéraire déverse ses centaines de romans sur des lecteurs déjà débordés.
Bref, nous sommes officiellement opérationnels. Enfin, officiellement. Parce que notre corps, lui, n’a peut-être pas signé le formulaire.
L’automne est une saison de transition. Après l’expansion de l’été et avant le ralentissement de l’hiver, il nous faut trouver un nouveau rythme. Et cela ne se décrète pas.
Quand le corps ne sait plus très bien quelle saison il habite
L’été nous pousse dehors. Les journées sont longues, la lumière abondante, les soirées s’étirent. Nous voyageons, sortons davantage, mangeons et dormons souvent à des heures différentes. Et lorsque l’été a été particulièrement chaud, la chaleur elle-même finit par imposer son rythme au corps.
Puis arrive septembre. Les activités reprennent, les horaires aussi, mais la météo, elle, n’a pas nécessairement consulté le calendrier. Le matin, on sort avec une veste. À midi, on la porte sous le bras. À 18 heures, on regrette de l’avoir laissée au bureau. L’automne est aussi cette saison où s’habiller devient une discipline divinatoire.
Et le corps cherche ses marques. On s’étonne parfois de se sentir fatigué à cette période. Pourtant, nous lui demandons beaucoup : s’adapter à la diminution progressive de la lumière, aux écarts de température, retrouver des horaires plus réguliers, reprendre un rythme professionnel ou familial plus contraignant, modifier peu à peu son sommeil, son activité physique et son alimentation.
Nous voudrions être immédiatement « rentrés ». Notre organisme, lui, demande peut-être simplement un peu de temps.
L’équinoxe : le point de bascule

L’équinoxe d’automne offre une belle image de cette transition. La durée du jour et celle de la nuit s’approchent de l’équilibre avant que, dans notre hémisphère, l’obscurité ne gagne progressivement du terrain. Un instant suspendu entre deux mouvements.
L’astrologie occidentale a elle aussi inscrit cette idée d’équilibre dans son calendrier : l’équinoxe ouvre le temps de la Balance. Une correspondance suffisamment jolie pour être remarquée, sans lui demander d’expliquer à elle seule les mystères de l’univers.
Depuis longtemps, les êtres humains ont marqué cette période de l’année. En Chine, la fête de la Mi-Automne rassemble traditionnellement les familles autour de la pleine lune. En Inde, l’automne est traversé par de grandes célébrations : Durga Puja honore la déesse Durga et la puissance du féminin ; plus tard vient Diwali, la fête des lumières.
Ces fêtes ont chacune leur histoire, leurs croyances et leurs rites. Il ne s’agit évidemment pas de les confondre. Mais elles nous rappellent quelque chose : le passage d’une saison à une autre n’a pas toujours été vécu comme un simple changement de page sur un calendrier.
On le marquait. On l’accompagnait. Nos grands-mères aussi, à leur manière.
Quand nos grands-mères faisaient du wellness sans le savoir
Elles n’employaient ni le mot « reset », ni le mot « détox », et encore moins l’expression « routine wellness ». Elles faisaient une cure de raisin, préparaient des bouillons et des tisanes, modifiaient les repas et, dans certaines familles, pratiquaient une courte période de jeûne ou de diète.
Les connaissances ont évolué et il serait hasardeux d’attribuer aujourd’hui à toutes ces pratiques les vertus thérapeutiques qu’on leur prêtait parfois. Notre organisme possède ses propres systèmes d’élimination et aucune cure miraculeuse n’est nécessaire pour le « nettoyer ».
Mais derrière ces usages anciens se cachait une intuition intéressante : on ne demandait pas au corps de passer d’une saison à l’autre comme si rien n’avait changé. On accompagnait le passage. Peut-être avons-nous perdu un peu de cette attention lorsque nous avons appris à vivre toute l’année avec les mêmes horaires, presque les mêmes aliments et des températures intérieures à peu près constantes.
Trouver son rythme plutôt que combattre la fatigue

La fatigue automnale n’est pas une obligation. Mais lorsqu’elle apparaît, notre premier réflexe est souvent de vouloir la faire taire. Un café de plus. Un agenda encore un peu plus serré. Et, si possible, quelques injonctions intérieures du genre : « Allez, secoue-toi ! » Le corps adore. Et si nous commencions plutôt par l’écouter ?
Trouver son rythme d’automne ne signifie pas ralentir brutalement. Nous ne sommes pas encore en hiver. Il s’agit plutôt d’ajuster progressivement notre dépense d’énergie à ce qui change autour de nous. Continuer à bouger, par exemple. Marcher, pratiquer le yoga, reprendre une activité physique régulière. Le mouvement aide le corps à conserver sa vitalité au moment où les journées raccourcissent. Mais bouger n’oblige pas à se lancer un nouveau défi sportif sous prétexte que septembre ressemble à janvier dans nos agendas de bonnes résolutions. L’automne n’est pas un concours.
Respirer comme un équinoxe
Il existe un exercice extrêmement simple que j’aime particulièrement à cette période : la cohérence cardiaque. Elle peut bien sûr se pratiquer toute l’année. Mais en automne, sa régularité résonne particulièrement bien avec cette recherche d’un nouveau rythme.
Asseyez-vous confortablement. Inspirez doucement pendant cinq secondes. Expirez doucement pendant cinq secondes. Et recommencez. Environ six respirations par minute, pendant quelques minutes.
Lors de la respiration, notre rythme cardiaque varie naturellement : il tend à accélérer légèrement à l’inspiration et à ralentir à l’expiration. Une respiration lente et régulière amplifie et régularise ces oscillations et intervient dans les mécanismes de régulation du système nerveux autonome.
Mais au-delà de la physiologie, j’aime l’expérience elle-même. Inspirer. Expirer. Deux mouvements de même durée. Aucun ne cherche à prendre le pouvoir sur l’autre.
La Balance n’est pas très loin. L’équinoxe non plus. Et pendant quelques minutes, le corps cesse de courir après son rythme : il le crée.
Une routine, pas un règlement militaire

Trouver son rythme d’automne passe aussi par quelques repères très simples.
L’alimentation change naturellement avec les températures. Les crudités et les fruits gorgés d’eau de l’été laissent progressivement davantage de place aux légumes de saison, aux plats tièdes puis chauds. Il ne s’agit pas de décréter du jour au lendemain que la saison des soupes est ouverte : simplement de regarder ce dont le corps a envie lorsque la température descend.
Même souplesse avec les vêtements. Superposer plutôt qu’emmitoufler. Enlever, remettre, adapter. Après les fortes chaleurs estivales, notre corps doit lui aussi réapprendre les températures intermédiaires.
Et puis il y a le sommeil.
Les soirées d’été nous ont parfois fait oublier les horaires. L’automne peut être le moment de retrouver davantage de régularité, sans transformer pour autant la chambre à coucher en centre de haute performance du sommeil.
Une heure de coucher un peu plus stable, une promenade quotidienne, quelques minutes de respiration, une activité physique régulière, une alimentation qui évolue avec la saison : rien de spectaculaire.
Et c’est peut-être justement l’intérêt. Une routine n’est pas une prison. C’est un rythme sur lequel le corps peut s’appuyer.
Entre deux saisons
Nous aurons tout l’hiver pour ralentir. Inutile de sortir dès maintenant le plaid, les grosses chaussettes et la tisane comme si nous préparions une hibernation homologuée.
L’automne commence à peine. Il ne nous demande pas encore de nous retirer. Il nous propose quelque chose de beaucoup plus subtil : nous ajuster.
Écouter le changement de lumière. Accepter que notre énergie ne soit plus tout à fait celle de juillet. Continuer à bouger sans nous épuiser. Modifier doucement nos habitudes. Trouver un équilibre entre activité et récupération.
Et lorsque nous ne savons plus très bien à quel rythme avancer, il reste toujours cette petite expérience. Cinq secondes pour inspirer. Cinq secondes pour expirer. Et, entre l’été qui s’éloigne et l’hiver qui viendra, trouver simplement notre propre rythme.
