Intuition 2.0 – Garder sa liberté intérieure à l’ère de l’Intelligence Artificielle – Fabrice Bonvin

@steve-a-johnson

J’utilise beaucoup l’intelligence artificielle. Autant le dire tout de suite.

C’est sans doute pour cela que le livre de Fabrice Bonvin, Intuition 2.0 – Garder sa liberté intérieure à l’ère de l’Intelligence Artificielle, m’a intéressée. Parce qu’il ne pose pas vraiment la question de savoir si l’intelligence artificielle est bonne ou mauvaise. Il en pose une autre, beaucoup plus dérangeante. À mesure que les machines deviennent capables de nous aider à penser, choisir, créer, décider, que devons-nous absolument continuer à faire nous-mêmes ?

C’est là que Fabrice Bonvin fait entrer l’intuition. Non comme un sixième sens mystérieux réservé à quelques élus, mais comme une faculté naturelle, une boussole intérieure que nous aurions tout intérêt à cultiver dans un monde qui décide de plus en plus souvent à notre place. Et c’est, à mes yeux, toute l’originalité de ce livre.

Fabrice Bonvin

Psychologue de formation, spécialiste de l’intuition et fondateur de l’Académie de l’Intuition, Fabrice Bonvinobserve ce que le numérique est en train de modifier dans nos vies. Algorithmes, réseaux sociaux, applications, intelligence artificielle : peu à peu, nous nous sommes habitués à être guidés.

Que regarder ? Que lire ? Qu’acheter ? Qui rencontrer ? Quelle route emprunter ? Pratique. Souvent formidable.

Mais Intuition 2.0 nous invite à regarder l’autre face de cette facilité : captation de l’attention, automatisation de nos comportements, fragilisation du lien, appauvrissement de la créativité et, surtout, érosion possible de notre libre arbitre. À force de déléguer nos choix, risquons-nous de perdre l’habitude de choisir ? La question mérite d’être posée.

La réponse de Fabrice Bonvin tient dans le titre de son livre. L’intuition. Mais pas une intuition magique qui nous soufflerait à l’oreille la bonne réponse. 

Il la considère comme une capacité naturelle, présente en chacun de nous et susceptible d’être développée. Son approche repose sur l’expérience, l’observation et le discernement. Il invite à distinguer l’intuition de la peur, du doute, des croyances ou des automatismes du mental.

Car l’intuition peut être beaucoup plus discrète que nous ne l’imaginons. Un ressenti. Une sensation. Quelque chose se contracte. Ou, au contraire, s’ouvre. Une décision paraît parfaite sur le papier. Pourtant quelque chose résiste. Une autre semble déraisonnable. Et pourtant, nous savons. Encore faut-il entendre.

@igor-omilaev

C’est l’un des aspects du livre qui m’a particulièrement intéressée. Pour réapprendre à nous écouter, Fabrice Bonvin nous ramène au corps. Avant les théories, il y a le ressenti. Et pour retrouver ce ressenti, il propose parfois des choses d’une simplicité presque insolente dans notre monde hyperconnecté : marcher en silence, s’autoriser l’ennui, rêvasser, lire, écrire à la main, sortir de ses routines, abandonner le multitâche.

Créer du vide. Nous qui cherchons constamment à le remplir !

Ce livre est d’ailleurs autant un essai qu’un guide pratique. Fabrice Bonvin ne se contente pas de défendre l’intuition. Il propose des exercices pour l’explorer, l’expérimenter et apprendre à reconnaître la manière dont elle s’exprime en nous.

Son parcours l’a également conduit vers le remote viewing, ou vision à distance, auquel il consacre une partie de son travail et plusieurs passages du livre. On adhérera ou non à toutes les pistes qu’il explore. Ce n’est peut-être même pas l’essentiel. Car la question qu’il pose demeure.

Dans un monde saturé de sollicitations extérieures, quelle place laissons-nous encore à ce qui vient de l’intérieur ?

C’est ici que ma lecture du livre devient forcément personnelle. Je serais bien incapable de faire le procès de l’intelligence artificielle. Je l’utilise. Je travaille avec elle. Je vois également autour de moi des personnes en faire des usages très différents du mien et parfois remarquables. Je sais donc ce qu’elle peut apporter.

Mais je sais aussi qu’une intelligence artificielle peut me proposer dix pistes brillantes et qu’il restera toujours un moment qu’elle ne pourra pas vivre à ma place. Celui où je dis : Non. Ce n’est pas moi. Ou : Oui. C’est exactement cela. Pourquoi ? Je ne le sais pas toujours immédiatement.

L’explication vient parfois après. C’est peut-être là que la réflexion de Fabrice Bonvin devient particulièrement intéressante : l’enjeu n’est pas de refuser l’outil. Il est de conserver en nous celui ou celle qui décide de ce que nous allons en faire.

@diego-ph

Fabrice Bonvin utilise une image très juste : celle du GPS et de la boussole. Le GPS calcule. Compare. Optimise. Il connaît des milliers de routes. La boussole indique une direction. Nous aurons probablement de plus en plus besoin du GPS. Mais cela ne devrait pas nous dispenser d’avoir une boussole.

C’est peut-être ainsi qu’il faut envisager cette « cohabitation en conscience » que propose Intuition 2.0 : utiliser la puissance des outils sans leur abandonner notre capacité à ressentir, choisir, créer.

Il ne s’agit donc pas d’un combat entre l’humain et la machine. Il s’agit de souveraineté intérieure. Et si, comme le demande Fabrice Bonvin, « la vraie révolution n’était pas numérique, mais intérieure » ? L’intelligence artificielle peut nous aider à trouver des réponses. À nous de conserver cette faculté infiniment humaine : savoir quelles questions nous appartiennent.

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