L’univers fascinant du vin – Patrick Moulène

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Je ne suis pas œnologue. Et finalement, tant mieux. Cela me permet d’aborder le vin par l’endroit que je préfère : le plaisir, la curiosité, les sens, le partage.

Bien sûr, j’aime savoir ce que je bois. Comprendre un cépage, un terroir, un accord. Savoir pourquoi un vin nous enchante alors qu’un autre nous laisse parfaitement indifférent.

Mais je crois surtout qu’un vin possède cette faculté étrange de transporter avec lui beaucoup plus que du raisin fermenté. Un lieu. Une année. Une table. Des gens. Parfois même une vie entière.

C’est ce que j’ai retrouvé dans L’univers fascinant du vin, le très beau guide illustré de Patrick Moulène.

Patrick Moulène raconte une histoire qui m’a particulièrement touchée. Un jour, il achète une bouteille de 1927, année de naissance de son père, et l’ouvre lors d’un repas familial. Le vin n’est pas exceptionnel. Il est même, raconte-t-il, en fin de vie. Mais son père pleure.

Et Patrick Moulène comprend ce jour-là quelque chose qu’aucune fiche de dégustation ne pourrait probablement lui apprendre : le vin est aussi une émotion. J’aime énormément cette histoire. Parce qu’elle remet immédiatement l’expertise à sa juste place.

On peut savoir identifier un grand cru à l’aveugle et être bouleversé par une bouteille sans prestige simplement parce qu’elle raconte quelqu’un que l’on aime.

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Cela ne signifie évidemment pas que la connaissance soit inutile. Bien au contraire. Comment choisir un vin ? Comment le servir ? Le conserver ? Le déguster ? Avec quoi l’accorder ? Que raconte son cépage ? Son terroir ? Sa région ?

Patrick Moulène nous emmène à travers tous ces territoires. La France, bien sûr, mais également l’Italie, l’Espagne, l’Amérique du Sud, la Chine et d’autres vignobles du monde. Et le livre s’adresse aussi bien au néophyte qui regarde parfois une carte des vins avec une légère inquiétude qu’à l’amateur qui souhaite aller plus loin.

Parce qu’apprendre à déguster n’a finalement rien à voir avec apprendre à faire le malin à table.

Regarder. Sentir. Goûter. Attendre. Revenir. Comparer. Mettre des mots sur une sensation. Et là, forcément, cela me parle.

Patrick Moulène est un personnage. Double vice-champion de France de dégustation de vin à l’aveugle, il a représenté la France dans des compétitions internationales et fréquente cet univers depuis des décennies.  Mais ce qui m’amuse dans son parcours, c’est la façon dont il raconte son arrivée dans la compétition. Lors de sa première aventure, il ne se présente pas comme le meilleur de son club. Il explique plutôt qu’il était celui qui rigolait le plus.

Voilà qui me le rend immédiatement sympathique. Puis arrive une Mondeuse de Savoie. Un nez sur le verre. Une intuition. Il la reconnaît. Son équipe est la seule à la trouver et termine troisième. La suite viendra : les concours, les classements, les grandes bouteilles, les voyages, l’expertise. Mais au commencement, il reste ce que j’aime dans le vin : un nez, une sensation et le plaisir du jeu.

Son histoire commence d’ailleurs bien avant les concours. Patrick Moulène grandit dans le Lot. Enfant, il joue dans la petite vigne familiale. Il garde en mémoire les vendanges, mais aussi l’odeur du foin, de la paille, des céréales, du cidre artisanal et du vin en fermentation.

Puis la vie l’emmène ailleurs. Une longue carrière dans la cosmétique de luxe. Et, à la cinquantaine, retour vers la terre. Il achète une petite vigne en région toulousaine et fait progressivement de cette passion ancienne une nouvelle partie de sa vie. 

J’aime cette boucle. Parce que derrière les grands crus, les classements, les caves prestigieuses et tout le cérémonial que nous avons construit autour du vin, il y a quelque chose d’extrêmement simple : une vigne pousse quelque part. Quelqu’un s’en occupe. Puis quelqu’un d’autre ouvre la bouteille.

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Je ne vais évidemment pas transformer cette chronique en invitation à boire davantage. L’alcool reste de l’alcool. Mais lorsqu’on choisit d’en boire, je trouve infiniment plus intéressant de boire en conscience que machinalement. Choisir une bouteille. Connaître éventuellement celui qui l’a faite. La partager. La goûter vraiment. Et accepter aussi qu’un grand moment ne corresponde pas nécessairement à un grand millésime. C’est peut-être finalement ce que j’aime dans L’univers fascinant du vin. 

Patrick Moulène nous apprend beaucoup de choses. Mais derrière le spécialiste, j’entends constamment l’amateur au sens le plus noble du terme : celui qui aime. Et puisque nous sommes arrivés au bout de cette chronique, il ne me reste plus qu’à lever mon verre. À la terre. À ceux qui la travaillent. Aux amis avec lesquels nous partageons une bouteille. Et à ce mystérieux pouvoir qu’a parfois un simple verre de vin de faire remonter toute une histoire. Santé !

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