Et si nous apprenions enfin à parler d’argent ?

L’argent. Voilà un sujet dont nous parlons beaucoup et dont, curieusement, nous parlons très peu. Nous parlons du prix des choses, de l’inflation, des salaires, des retraites, du coût des vacances. Mais de notre argent ? De nos difficultés à le gérer ? De nos dettes ? De notre peur de manquer ? De notre rapport parfois complètement irrationnel à la dépense ?
Beaucoup moins. Et c’est finalement ce qui m’a intéressée dans Ma méthode zéro dettes de Samantha Hadj. Pas tellement la promesse d’une méthode miracle — je me méfie toujours un peu des miracles, surtout lorsqu’ils concernent notre portefeuille — mais le fait de mettre sur la table un sujet encore extraordinairement chargé de honte et de culpabilité : l’endettement.
On ne naît pas en sachant gérer son argent
On nous apprend beaucoup de choses. À lire, à écrire, à compter. À résoudre des équations dont certains d’entre nous ont oublié depuis longtemps jusqu’à l’existence. Mais combien d’entre nous ont réellement appris à faire un budget ? À comprendre le coût d’un crédit ? À anticiper une baisse de revenus ? À constituer progressivement une épargne de sécurité ?
Et parallèlement, tout est devenu extraordinairement facile. Acheter maintenant. Payer plus tard. Trois fois. Quatre fois. Crédit. Débit différé. Quelques clics suffisent. Tant que tout va bien, cela peut fonctionner. Puis survient un divorce, une maladie, une perte d’emploi, une baisse de revenus ou simplement l’accumulation de dépenses que l’on avait sous-estimées. Et la mécanique se grippe.
18 000 euros et dix-huit mois

Samantha Hadj ne parle pas de l’endettement depuis une tour d’ivoire. Elle raconte avoir elle-même vécu endettée pendant une grande partie de sa vie adulte avant de décider, à 36 ans, de reprendre ses finances en main. Elle affirme avoir remboursé 18 000 euros en environ un an et demi.
De cette expérience, elle a construit une méthode qu’elle transmet aujourd’hui à travers son activité d’éducation financière. Son livre est donc avant tout un guide pratique. Faire l’état des lieux. Se désendetter. Reconstituer une épargne. Stabiliser sa situation. Préparer ses projets. Rien de très glamour. Mais justement : depuis quand faut-il que tout soit glamour pour être utile ?
La dette n’est pas seulement une colonne de chiffres
C’est probablement ici que le sujet m’intéresse davantage. Parce que notre rapport à l’argent n’est jamais tout à fait rationnel. Dépenser peut rassurer, consoler, valoriser, donner l’impression d’appartenir à un groupe. Épargner peut sécuriser l’un et angoisser l’autre. L’argent touche à l’autonomie, au statut social, à la réussite, à l’éducation reçue et parfois à de vieilles peurs. Et lorsqu’arrive l’endettement, une autre émotion peut s’installer : la honte. On cache. On repousse l’ouverture d’un courrier. On évite d’en parler. Et plus la situation devient difficile, plus demander de l’aide peut sembler humiliant. C’est peut-être là que ce livre trouve, pour moi, sa véritable utilité : remettre de l’action là où la honte peut produire de l’immobilité.
Pas de baguette magique

Je garderais néanmoins une chose en tête. Toutes les dettes ne se ressemblent pas. Il existe une différence immense entre une personne qui peut retrouver un équilibre en modifiant ses habitudes et celle dont les revenus ne suffisent tout simplement plus à couvrir les besoins essentiels. La volonté ne fabrique pas de l’argent qui n’existe pas.
Et un livre, aussi pratique soit-il, ne remplace évidemment pas les dispositifs et les professionnels compétents lorsque la situation financière est devenue grave. Mais entre le déni et la catastrophe, il existe tout un espace dans lequel apprendre à regarder ses comptes, comprendre ses comportements et reprendre progressivement la main peut changer beaucoup de choses.
Samantha Hadj : partir de sa propre expérience

C’est finalement ce qui donne sa cohérence à la démarche de Samantha Hadj. Elle n’a pas commencé par devenir « experte ». Elle a commencé par être endettée.
Puis elle a cherché une méthode pour elle-même avant d’en faire progressivement son activité. Elle travaille aujourd’hui dans l’éducation financière et le désendettement et partage ses conseils auprès d’une importante communauté. On peut adhérer ou non à toutes ses propositions.
Mais son point de départ possède une qualité que j’apprécie : elle connaît de l’intérieur la situation dont elle parle. Et peut-être qu’un livre comme celui-ci peut simplement commencer par provoquer un geste. Sortir les relevés. Regarder les chiffres. Faire les comptes. Arrêter de se raconter que demain, mystérieusement, tout ira mieux. Ce n’est pas très spectaculaire. Mais certaines libertés commencent comme cela.
Par regarder en face ce que l’on préférait ne pas voir.
Ma méthode zéro dettes – De l’interdiction bancaire à la stabilité financière – Samantha Hadj – Éditions Leduc — 20,90 €
