Florence Ansar, la vie comme un thriller

Lorsque je regarde Florence Ansar aujourd’hui, jolie, joyeuse, gracieuse, je me demande parfois qui pourrait deviner la profondeur qui se cache derrière cette apparente légèreté.

Je l’ai rencontrée il y a plusieurs années et lui ai déjà consacré un portrait. Je pourrais aujourd’hui raconter ce qu’elle a fait depuis, ses recherches, son livre, les colloques qu’elle organise. Mais elle le raconte elle-même, et très bien. Ce qui m’intéresse aujourd’hui est ailleurs.

C’est le chemin.

Florence a étudié la philosophie. À ce moment-là, elle ne savait pas encore où cela la conduirait. Elle a suivi une intuition, puis une autre. La vie s’est chargée de déplacer les lignes. La maladie l’a conduite à s’intéresser aux neurosciences. Peu à peu, les pièces d’un puzzle dont elle ignorait encore le dessin se sont rapprochées : philosophie, esthétique, beauté, neurosciences, neuro-esthétique…

Aujourd’hui, lorsque nous regardons le chemin parcouru, nous pouvons être tentés d’y voir une évidence.

Mais rien n’était évident lorsqu’elle le vivait.

Elle s’engage avec passion. Elle donne. Elle croit profondément à ce qu’elle entreprend. Elle peut aussi douter, vaciller, vouloir renoncer. Puis quelque chose la remet en mouvement.

C’est peut-être là que Florence m’interpelle le plus.

Et comment savoir, lorsque nous sommes au milieu de l’histoire, s’il faut continuer ou s’arrêter ?

Nous célébrons volontiers ceux qui persévèrent. Nous parlons de vocation, de courage, de fidélité à soi. Mais jusqu’où faut-il aller pour rester fidèle à une intuition ? À quel moment l’engagement devient-il sacrifice ? À quel moment vouloir aider l’autre nous conduit-il à nous oublier nous-mêmes ?

Et puis il y a ceux qui regardent.

Ceux qui aiment. Ceux qui voudraient protéger. Ceux qui pensent parfois voir un danger que l’autre ne voit pas. Faut-il parler ? Intervenir ? Se taire ? Accepter que l’autre emprunte une route que nous n’aurions pas choisie pour lui ?

Et vous, qu’auriez-vous fait ?

Il n’existe probablement pas de réponse universelle. Aider n’est pas vivre à la place de l’autre. Aimer ne nous donne pas tous les droits. Même avec les meilleures intentions du monde, nous pouvons franchir une frontière que personne ne nous avait demandé de franchir.

C’est aussi pour cela que le parcours de Florence ressemble, à mes yeux, à un thriller.

Elle ne connaît pas le prochain chapitre.

La jeune philosophe d’hier pouvait-elle imaginer qu’elle explorerait un jour les neurosciences ? Qu’elle écrirait un livre ? Qu’elle réunirait autour de colloques exigeants des personnalités venues croiser leurs connaissances et leurs regards ?

Probablement pas.

Et c’est la Florence d’aujourd’hui que j’admire. Pas parce qu’elle aurait trouvé une recette ou atteint une destination. Mais précisément parce qu’elle est toujours en chemin.

Derrière sa grâce et sa joie de vivre, il y a une femme qui cherche, doute, s’engage, tombe parfois, se relève, change de direction et continue d’interroger ce qui lui semble juste.

Je ne sais pas où Florence ira demain. Elle non plus, peut-être.

Mais lorsque je regarde la femme lumineuse qu’elle est aujourd’hui et le chemin qu’elle a parcouru sans jamais en connaître à l’avance la destination, une chose me frappe : nos vies se construisent peut-être moins à partir de nos certitudes que de la manière dont nous répondons à l’inattendu.

Florence continuera-t-elle ? Bifurquera-t-elle encore ? Renoncera-t-elle un jour à ce qui lui paraît aujourd’hui essentiel ?

Je n’en sais rien. Et, pour une fois, je n’ai pas envie de chercher la réponse.

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