Le grand virage de l’esthétique – Florence Ansar 

Je connais Florence Ansar depuis plusieurs années et j’ai eu le privilège de lire ce livre alors qu’il était encore en train de s’écrire. Je l’ai lu avec mon regard d’auteure, parfois critique. Nous n’avons pas toujours été d’accord sur les choix à faire. Tant mieux. Un livre appartient d’abord à celui qui l’écrit.

Aujourd’hui, Le Grand Virage de l’Esthétique est achevé. Florence a fait ses choix. À moi maintenant de le lire pour ce qu’il est.

Son titre ne fait pas dans la demi-mesure. Le Grand Virage de l’Esthétique. Et son sous-titre encore moins : La Neuro-Esthétique®, une nouvelle ère pour notre métier.

Alors une question s’impose : Et si Florence Ansar avait raison ?

Une femme entre dans un institut. Elle a pris rendez-vous, elle a payé, elle est là. Pourtant, au moment de se déshabiller, elle reste immobile. Une main posée sur son ventre. Elle a honte de son corps.

C’est par cette scène que Florence nous fait entrer dans son livre. Une scène ordinaire, presque banale pour certaines professionnelles. Et pourtant, tout est déjà là. 

Un résultat, bien sûr. Une peau plus belle, une silhouette différente, un visage plus lumineux. Mais seulement cela ?

La Neuro-Esthétique® n’est pas née d’une illumination. Et Florence Ansar tient à le préciser.

Pendant quinze ans, elle observe, expérimente, se forme, cherche. Pourquoi certaines clientes répondent-elles parfaitement aux protocoles et d’autres beaucoup moins ? Pourquoi le geste technique, aussi maîtrisé soit-il, ne suffit-il pas toujours ?

Florence possède un tempérament de chercheuse. Quand on lui répond : « c’est comme ça », elle veut comprendre pourquoi. Elle teste, démonte les protocoles, confronte ses observations de terrain aux connaissances qu’elle acquiert. 

Peu à peu, elle relie ce que l’esthétique avait tendance à traiter séparément : le corps, le système nerveux, la relation, la parole, mais aussi la professionnelle elle-même.

Puis vient un autre basculement. En transmettant pour la première fois à quelques consœurs ce qu’elle pratique depuis des années, Florence comprend qu’elle n’a pas seulement développé une façon personnelle de travailler. Elle a construit une méthode. Et cette méthode peut se transmettre.

Elle lui donnera un nom : la Neuro-Esthétique®.

C’est ici que Florence structure sa démarche.

Quatre piliers : l’être, la relation, le cadre, l’expertise. Dans cet ordre. Et l’ordre a son importance.

D’abord la professionnelle elle-même : qui est-elle lorsqu’elle reçoit une cliente ? Puis la qualité de la relation et de la parole. Ensuite le cadre entrepreneurial qui doit permettre à cette professionnelle de vivre de son métier sans s’y épuiser. Enfin, l’excellence du geste et des compétences. 

Surprise : les neurosciences ne constituent pas un cinquième pilier. Florence les place en dessous, comme le socle qui soutient l’ensemble. Elles lui permettent notamment d’interroger la sécurité, le stress, la relation entre la praticienne et sa cliente, et la manière dont le corps réagit à ce qu’il perçoit. 

Mais élargir le regard ne signifie pas élargir indéfiniment son territoire. Florence pose une frontière très nette : l’esthéticienne ne diagnostique pas, ne prescrit pas, ne traite aucune pathologie. Elle observe, accompagne et, lorsque la situation l’exige, elle oriente vers le professionnel compétent

La Neuro-Esthétique® ne propose donc pas de faire de l’esthéticienne une thérapeute. Elle lui propose plutôt de prendre toute la mesure de son propre métier.

En refermant ce livre, je me suis demandé si le « grand virage » annoncé par Florence était réellement celui des neurosciences.

Je crois qu’il va plus loin.

Car avant de transformer la manière de prendre soin d’une cliente, Florence commence par interroger celle qui prend soin.

Elle sait de quoi elle parle. Elle raconte les journées de quinze, parfois dix-sept heures, l’incapacité à dire non, jusqu’à cette phrase terrible de simplicité : « Je me suis effacée. »

Peut-on prendre soin de l’autre en s’oubliant soi-même ? Peut-on créer un espace de sécurité lorsque l’on travaille jusqu’à l’épuisement ? Peut-on reconnaître la valeur de sa cliente sans commencer par reconnaître la sienne ?

C’est peut-être ici que ce livre dépasse la Neuro-Esthétique®.

Il invite les professionnelles de la beauté non seulement à acquérir de nouvelles connaissances, mais à penser autrement leur métier, leur place et la manière dont elles souhaitent l’exercer.

Florence Ansar appelle cela Le Grand Virage de l’Esthétique.

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