Créer, copier, s’inspirer : quid de la qualité et de l’authenticité ?

Réflexion autour de la créativité, de la légitimité ou du pompage 

Il semblerait qu’actuellement il y ait de vrais courants de réactions au sujet d’allègres pompages de la créativité d’autrui. Les gens m’appellent pour me poser des questions sur la protection intellectuelle pour me raconter leur tristesse ou leur colère de voir la concurrence s’approprier leur concept ou leurs protocoles signature. Je connais cette problématique depuis des dizaines d’années car d’une part le cœur de mon métier est la création originale et d’autre part j’ai fréquenté de nombreux créateurs qui ont beaucoup souffert de ces plagiats. 

Il faut réaliser que tout le monde ne cherche pas la qualité ni l’exclusivité. Il y a des personnes qui n’ont aucun problème pour copier ce qui existe déjà. Certaines personnes me l’ont dit concrètement sans aucun état d’âme. Ils ne souffrent  pas de syndrome d’imposteur. Au-delà du plagiat, les courants ne se développent pas qu’avec un seul essai. Il est normal qu’il y ait des suiveurs, c’est ce qui constitue une culture. 

Que se passe-t-il concrètement dans notre métier ? Sur quoi porte la création originale ?

  • Sur les concepts spa ou produits
  • Sur les produits cosmétiques ou parfums
  • Sur la transmission des protocoles de soin

Qu’en est-il de la protection intellectuelle ? Je ne suis pas juriste mais je parle d’expérience pour y avoir été personnellement confrontée et j’ai côtoyé de multiples personnes qui m’ont fait part de leurs problèmes sur ce plan là.

  • Toute création de valeur (concept, formule, expressions) doit être déposée à l’INPI. Cela coûte de l’argent, mais protège un peu. Dans le cas d’attaque, un avocat pourra s’y référer. Mais, hélas, il suffit de changer quelques éléments à la création en question et rien n’est garanti au niveau de la protection. Ce sont des procès sans fin pour ne rien gagner. 
  • Je citerais un exemple : j’ai écrit il y a plusieurs années un livre avec une de mes amies. L’éditeur a ressorti le livre en changeant le titre ainsi que toutes les photos, en réécrivant mon texte, en y additionnant un DVD et en éliminant ma co-auteure. Evidemment sans m’en avertir et naturellement sans me payer mes droits d’auteur. J’ai découvert ce livre par hasard. Doit-on rester froid et laisser faire ? Pour la première fois de ma vie, j’ai attaqué. Nous sommes en procès depuis 2017 ! 4 ans ! et le dossier est toujours ouvert. 

Concept et création : les limites de l’exclusivité 

La notion d’exclusivité est complexe et subtile, car il est bien évident qu’à partir du moment où un courant arrive sur le marché, cela inspire beaucoup de monde. L’inspiration est normale et les créateurs ouvrent des voies qui deviendront des tendances puis des courants. Par exemple : Cinq Mondes a ouvert la voie  des rituels inspirés des grandes traditions. Ils l’ont fait de façon magistrale avec rigueur et respect. C’est à ce moment-là que nous vîmes partout tous les massages venus d’Asie ou d’ailleurs, pratiqués avec plus ou moins de bonheur et de qualité. Il n’y a rien à dire, cela fait partie d’une culture qui se développe. 

Par contre copier un concept dans ses détails en prenant presque les mêmes noms, les mêmes codes, le même labo que l’on convainc de faire les mêmes produits en changeant juste la couleur ou la senteur, le même type de carte de soins, là c’est moins acceptable. Je comprends la colère et la frustration de ceux qui ont ouvert la voie. 

La créativité n’est pas donnée à tout le monde et un développement de quelque chose de nouveau coûte beaucoup d’argent en recherche & développement, en rémunération d’experts, en prise de risque et simplement en mise sur le marché d’une approche différente. 

A quel degré peut-on s’inspirer sans être dans le « copié collé » ? 

L’éthique et la déontologie ne sont pas à la source de toutes les actions créatives ou commerciales.

Les protocoles de soins : création et formation

Au fil de mon parcours qui est long et riche, j’ai reçu des enseignements de grande qualité. Compte tenu de mon âge tout le monde sait que je n’ai pas étudié en France, et que mes formations ne se sont pas déroulées en 2 jours ou 3 weekend. 

Prenons pour exemple le drainage lymphatique manuel qui en principe est réservé aux kinés. Les esthéticiennes le pratiquent à condition de le limiter aux applications strictement esthétiques. Les limites très précises et claires. Tout le monde se réclame du Dr Emil Vodder, le créateur de la méthode dans les années 30. La formation est longue et rigoureuse. Actuellement il existe des formations à cette technique qui se font en 2 jours, maximum. Parle-t-on de la même chose ?

Le Chi Nei Tsang, qui est le massage taoïste des organes internes, est un autre cas. Je l’ai étudié il y a environ 30 ans, directement avec la source, un maitre taoïste. Je l’ai pratiqué pendant 10 ans sur ma clientèle avant de l’enseigner.  Je l’ai reçu de nombreux thérapeutes, je l’ai rarement reconnu. Tout était changé ! C’est un soin à la mode dans les spas et il est enseigné en 2 jours la plupart du temps et sans aucune implication énergétique. Pourquoi ? Parce qu’il paraît que les jeunes élèves ne croient qu’au pouvoir du geste et s’ennuient dans les exercices énergétiques. Je ne peux qu’être atterrée par ce nivellement par le bas. Mais chacun a le droit de faire ce qu’il veut !

Que dire et qu’en penser ? 

Quant à la formation, il est tellement triste de constater que le temps qui lui est imparti est de plus en plus court. On constate souvent que ce sont des praticiennes qui forment le personnel ou bien pour arrondir leurs fins de mois enseignent les soins signature de leur spa par ailleurs.  Quel dommage ! Le spa ou la marque qui a payé le soin est spolié, la personne qui a créé le soin est spoliée et la praticienne formatrice ne se rend pas compte que former implique des compétences particulières. C’est un métier. On peut dépanner pour des révisions avec ses collègues, mais de là à s’improviser formatrice, c’est vraiment dommage. Une grande partie de la subtilité pédagogique n’est pas transmise. Perte de qualité. Que faire ? 

Les concepts et développement de marques

Ne parlons pas de copiage de marques, il y a longtemps que cela existe dans la cosmétique ou le parfum. C’est navrant, mais c’est comme cela ! C’est une pratique dont certains ne se cachent pas. On doit développer un produit ou un parfum, on fait une réunion marketing. Le « modèle » est posé au milieu du bureau, et l’animateur dit « je veux le même, en plus…. ». Ce n’est pas une étude comparative, ni du benchmark pour s’inspirer ou parfois se démarquer de la concurrence. Non c’est clair, on doit copier. C’est ainsi que des parfums se ressemblent, que certaines crèmes sont presque identiques ou que des machines soient des copier coller. Ca ce n’est pas nouveau.

Ce qui l’est par contre plus récent c’est la propension à calquer exactement la stratégie de développement en employant les mêmes mots, les mêmes images, les mêmes magasins et les mêmes trouvailles de soins. Quelle pauvreté de créativité ! C’est dû au fait qu’il y a de plus en plus d’amateurs sur le marché et au fait que la communication va très vite sur les réseaux sociaux. Donc, c’est très facile de « se mettre dans les chaussures de l’autre ». 

Compliqué, n’est-ce pas ? Où est la limite ? 

Chacun peut avancer et se poser les questions de son respect d’autrui, de sa réelle authenticité et de sa volonté de qualité. Mais c’est la grande liberté de chacun.

« Nous sommes seuls, ensemble » n’est-ce pas ? 

Mount Fuji and autumn maple leaves, Kawaguchiko lake, Japan

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