L’envers de la honte

artem-kniaz-

Ma rencontre avec Mathilde Laguës fut particulièrement bouleversante pour deux raisons. D’une part, son livre : « Mathilde ? » dans lequel elle raconte l’inceste dont elle fut l’objet pendant des années intimement relié aux relations avec le père, la mère puis toutes les relations de sa vie. Une telle authenticité sans pathos est rare. Lisez la présentation de ce livre que je vais faire sur ce même blog la semaine prochaine. Découvrez-le, vous ne serez pas déçus. Et d’autre part, ma rencontre concrète avec Mathilde. J’ai été touchée par sa vitalité simple et atypique. Elle est vraie, vous regarde dans les yeux et vous parle avec simplicité et avec une émotion contenue des pires choses qu’elle a vécu.

A présent, elle est psychopraticienne et coach et j’ai voulu ici vous transmettre une partie des échanges que j’ai eu avec elle.

En tout domaine d’inceste, d’abus et de manipulations autour de la sexualité, il y a une sensibilité aux limites et de la part du prédateur et de la part de la victime aussi. Parce que tout est question de limites.

« En fait il s’agit plutôt de l’absence de sensibilité aux limites. C’est le fait de retrouver la limite, la frontière qui va permettre d’arrêter les abus. Mais pour savoir dire non, il faut sentir que ce n’est pas ok.  Souvent pour les victimes et d’autant plus dans l’enfance, les repères sont brouillés. Les limites se construisent. Et si elles n’ont pas été construites, l’enfant est désigné comme une proie dès le début.  En ce qui concerne le prédateur, quelle que soit la forme d’abus qu’il va exercer, il s’agit d’une absence d’empathie, c’est une absence de capacité à considérer l’autre comme un autre et de ne pas savoir faire la différence entre une personne et un objet. L’agresseur est centré sur lui, son besoin. Ce n’est pas vraiment une question de limites, c’est vraiment une question de déshumaniser l’autre.

L’empathie devrait servir de limite ; c’est donc le fait d’anesthésier son empathie, de se couper de son empathie qui permet d’agresser l’autre. L’empathie devrait permettre de sentir la limite. Ça, c’est du côté de l’agresseur.

En ce qui concerne les enfants victimes, il y a des enfants qui sont victimes et d’autres non. Pourquoi ? parce qu’il y a des enfants chez qui les limites ont été reconnues et construites, et qui ont suffisamment de sécurité affective et qui vont savoir dire non.

ben-wicks

Il y a des enfants qui ne savent pas qu’ils méritent d’être respectés, parce qu’il n’existe pas pour eux des espaces de sécurité affectifs suffisants pour qu’ils aient l’idée d’aller s’y réfugier.  Ce sont des enfants qui n’ont pas la notion de leur intégrité et donc pas de sécurité.. Et après ce sont des adultes qui n’ont pas construit leurs limites et donc ce sont des femmes à qui on a appris qu’elles devaient se laisser désirer par un homme et devenir un objet qui se laissent abuser et entretiennent le mécanisme. Elles ne sont pas capables de sentir que ce n’est pas bon pour elles et que ça fait mal. Et donc on continue. Mon travail en tant que thérapeute, c’est toujours, toujours, toujours de restaurer de l’empathie. Alors, la personne commence à être capable de dire que ce n’est pas bon pour elle, au bout d’un moment, elle va finir par refuser. »

patty-brito

« A cela j’ai envie de rajouter le terme de sensorialité. Car, c’est une expérience au cours de laquelle j’ai des sensations corporelles. Et cela s’apprend dans l’enfance.

Il y a des personnes qui sont complètement anesthésiés à leurs propres sensations. Du moment où il n’y a pas de sensorialité, il n’y a pas de sensualité, il y a une sexualité qui est vide de sens. Qui se manifeste par une surconsommation non épanouissante ou potentiellement par de l’abus. Quand on est coupé de sa sensorialité, tout le reste est impossible. Donc, il faut restaurer cela.

Souvent, on surconsomme, on consomme mal la sexualité justement parce qu’on n’a pas accès à la sensualité, c’est à dire à une sensorialité agréable, épanouissante, restauratrice.

La sexualité épanouissante est possible quand chacun fait le travail pour se relier à soi-même. »

robert-collins

« Les retrouvailles avec mon intégrité, pour moi sont passés par la thérapie. Mon livre retrace quinze ans de parcours thérapeutique. C’est long. Mais en fait j’ai 25 ans de parcours thérapeutique à ce jour. Retrouver son intégrité est très compliqué. Pendant longtemps, je ne savais même pas que j’avais une intégrité qui méritait d’être respectée. Ce n’était même pas un concept. Au fil du temps, c’est devenu un concept théorique et petit à petit, un concept sensoriel et émotionnel.

L’enfant qui se fait abuser, ne sait pas qu’il a droit à une intégrité, sinon il ne se laisserait pas faire, il n’a pas fait l’expérience du fait qu’il était en droit de se protéger. C’est un long chemin. Cela passe par la parole et par le système nerveux. Ce n’est pas intellectuel. Je travaille avec l’EMDR pour accéder directement au système nerveux. Ce n’est pas du tout intellectuel. Il faut ré activer les mécanismes de défense qui ont été désactivés très tôt dans la vie. »

senjuti-kundu

« L’amour commencepar l’empathie et finit par l’empathie. « Aime ton prochain comme toi-même ». Si je ne m’aime pas, je ne vais pas aimer mon prochain de façon très saine. Et si j’arrive à m’aimer, je vais être capable de donner de l’amour et d’en recevoir. L’amour, c’est quoi ? Il faut savoir qu’en tant qu’être humain, il faut avoir du respect pour soi-même, pour avoir conscience de ses affects. C’est tout un chemin de construction de soi-même.

Il y a plusieurs sortes d’amour. L’amour entre amis. Quand il y a de la bienveillance, il peut y avoir de l’amour entre un élève et son enseignant avec un désir profond que l’autre aille bien et quand l’autre ne va pas bien, ça dérange.

Mon rôle, en tant qu’accompagnante, consiste souvent à faire prendre conscience aux gens qu’il y a beaucoup d’amour ou d’affection dans leur vie. C’est souvent de l’amitié avec des liens qui peuvent être très solides, très chaleureux, moins souvent mélangés avec de la fusion.  Il y a moins d’amitié toxique que d’amour de couple toxique. Il existe également l’amour – passion, l’amour fantasmé, l’amour des adolescents, l’amour sagesse dont on parle dans les traditions spirituelles.

Dans l’amour passionnel, il y a toujours une forme de possession : on a besoin de l’autre comme morceau de soi et du coup de priver un peu l’autre de son droit à avoir des besoins, des désirs propres et des plaisirs.

Pour moi, l’amour est quelque chose de sacré. Et j’aime bien aider les gens à différencier ce qui est une forme de lien toxique un lien respectueux, nourrissant et qui fait grandir. J’appelle ça amour. »

anthony-tran

Après une enfance broyée par le contexte familial et l’inceste dont elle fut l’objet, Mathilde Laguës s’est construite grâce au travail sur elle-même. Elle était décidée, les transformations positives sont arrivées. Avec sa foi, son élan intérieur, elle a constaté la force et la clarté qu’elle y a gagné. Tout cela a donné du sens à ses expériences de vie. Elle ne s’est pas laissé aller car même dans son livre « Mathilde ? », aux pires moments, elle démontre une vitalité, une innocence qui est même surprenante pour une enfant qui vit de tels sévices. Elle les a acceptés et les a transformés en énergie de construction pour l’avenir.

Dans un premier temps elle a fait des études « classiques » : ingénieure diplômée de Polytechnique, master recherche à l’institut Pasteur. Elle a travaillé dans l’industrie pharmaceutique, jusqu’au moment où elle s’est orientée vers la santé et l’accompagnement humaniste au sein de l’école Savoir Psy qui est affiliée à la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse (FF2P). L’accompagnement pour aider les personnes à se sentir bien elle a complété sa formation avec un master 2 coaching de l’Université de Paris II Panthéon Assas.

A ce jour, elle accompagne concrètement des personnes en souffrance ou des entreprises en besoin d’améliorer leur gestion humaniste.

Elle a conquis sa liberté

anthony-tran

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