Une famille, une vision, toute une profession

Isabelle Pierantoni + Humbert Pierantoni+ Michèle de Lattre + Jeannine Pierantoni

Certaines entreprises accompagnent un métier. D’autres contribuent à le transformer.

Depuis plus de soixante-dix ans, les Nouvelles Esthétiques appartiennent à cette seconde catégorie. À travers leurs magazines, leurs congrès, leurs événements et leurs prises de parole, trois générations de passionnés ont contribué à structurer, informer et faire grandir tout un secteur.

Car l’histoire des Nouvelles Esthétiques dépasse largement celle d’un média professionnel. C’est l’histoire d’une famille qui a choisi de consacrer son énergie à celles et ceux dont la mission est de prendre soin des autres.

Lorsque le premier numéro paraît en janvier 1952, la profession d’esthéticienne est encore balbutiante. Les instituts sont peu nombreux, les formations limitées, les références professionnelles quasi inexistantes. Tout est à construire.

Là où d’autres ne voient qu’un marché émergent, Humbert Pierantoni perçoit une révolution silencieuse. Il comprend avant beaucoup d’autres que les femmes aspireront non seulement à être plus belles, mais aussi à prendre soin d’elles-mêmes, à cultiver leur bien-être et à retrouver confiance en leur image. Cette intuition va changer sa vie. Elle va aussi contribuer à transformer durablement toute une profession.

Humbert Pierantoni

Les grandes aventures naissent rarement dans les grands bureaux.

Celle-ci commence dans un appartement familial, entre des piles de magazines, des enveloppes préparées à la main et une conviction profonde : les esthéticiennes méritent un média capable de les informer, de les former et de les rassembler.

Aux côtés de son épouse JeannineHumbert Pierantoni construit pierre après pierre ce qui deviendra l’une des maisons les plus respectées de l’univers de la beauté professionnelle. Mais son véritable génie réside ailleurs. Très tôt, il comprend qu’une profession ne peut grandir seule. Elle a besoin de se rencontrer, d’échanger, de partager ses expériences et ses savoir-faire. Bien avant l’ère des réseaux sociaux, il invente déjà des lieux où l’on apprend ensemble : les congrès professionnels. Au fil des décennies, ces rendez-vous accompagnent l’essor spectaculaire du secteur. Pourtant, l’esprit demeure intact : transmettre, fédérer, faire avancer.

Michèle de Lattre

Chez les Pierantoni, le travail se vit comme une aventure familiale.

« Mon père m’a dit : « Toi qui ne sais rien faire, viens donc aux Nouvelles Esthétiques coller les timbres. » J’étais folle de joie. Enfin, j’allais faire quelque chose d’utile. » Derrière cette anecdote pleine d’humour se dessine un trait de caractère qui ne la quittera jamais : la fidélité. Elle ne rêvait pas d’autre chose. « Dès le début, je savais que je resterais tout le temps. Je n’avais aucune autre envie. »

À la disparition d’Humbert, beaucoup doutent.

Une femme pourrait-elle reprendre un tel « mammouth » ? « On me disait : vous êtes une fille, vous ne pourrez pas gérer le Congrès. » Elle avance pourtant. Sans bruit. Sans éclat inutile. Avec la ténacité tranquille des bâtisseurs.

Elle parle de son père avec une admiration intacte. De lui, elle retient l’honnêteté, la débrouillardisel’organisation et le goût du risque. Elle reprend volontiers ses formules devenues des mantras : « Il vaut mieux avancer dans le désordre que piétiner dans l’ordre. »

Aujourd’hui encore, lorsqu’on lui demande sa plus grande fierté, elle répond simplement : « D’avoir continué. D’avoir réussi à transmettre un bébé en relativement bonne santé. »

an
Laure Jeandemange

Chez Laure Jeandemange, la transmission prend une autre couleur : celle du mouvement.

L’enfance se déroule au rythme des discussions professionnelles. « Tous les dimanches, on parlait du bureau. En vacances aussi. Et aujourd’hui encore, on part ensemble et on parle toujours du travail. » L’entreprise familiale n’a jamais été une obligation. Plutôt une évidence silencieuse. Elle hérite d’un patrimoine précieux : une vision. Mais elle refuse qu’il se transforme en musée.

Sous son impulsion, le Congrès devient spectacle. Les formats évoluent. Le digital s’impose. Le spa prend toute sa place. Le wellness apparaît comme une évidence. Les neurosciences côtoient les bains sonores. L’intelligence artificielle dialogue avec les pratiques holistiques.

Son défi tient en une formule : « Il faut que ça change, mais que ça reste pareil. » Ni conservatisme. Ni fascination aveugle pour la nouveauté. Un équilibre subtil entre fidélité et audace.

Et toujours la même question : « Quel est l’intérêt de cela pour l’esthéticienne ? Pour le professionnel du spa ? »

Laure et Michèle

En plus de soixante-dix ans, la profession s’est métamorphosée.

Les esthéticiennes sont devenues entrepreneuresexpertesmanagersaccompagnantes du bien-vieillir, spécialistes du toucher, partenaires de santé et du mieux-être. Les spas sont devenus des lieux d’expérience globale. Les clientes ont changé. Le monde aussi. Et pourtant, une constante demeure : le besoin d’être reconnu. 

Les Nouvelles Esthétiques n’ont cessé de valoriser ces femmes qui doutent parfois de leur légitimité. « Je ne veux plus entendre : je suis une petite esthéticienne », s’insurge Laure. « Non. Vous êtes chef d’entreprise. Vous êtes experte. » Depuis des décennies, cette maison offre à la profession un miroir plus juste de sa valeur.

Elle inspire. Elle relie. Elle donne confiance.

Dans une profession où tout change en permanence, certaines valeurs demeurent. La transmission. La curiosité. Le travail. L’honnêteté.

Et cette conviction profonde que la beauté n’est jamais superficielle lorsqu’elle aide un être humain à se sentir mieux. Depuis plus de sept décennies, la famille Pierantoni, puis de Lattre, et aujourd’hui Jeandemange, accompagne cette mission avec une fidélité rare. Au fond, derrière les magazines, les congrès et les événements, c’est peut-être cela leur plus bel héritage : avoir contribué à faire grandir toute une profession sans jamais perdre son âme.

Au fond, derrière les magazines, les congrès et les événements, ce n’est peut-être pas seulement une entreprise qui s’est transmise de génération en génération.

C’est une certaine idée du soin : la conviction qu’un geste esthétique peut redonner confiance. Qu’une rencontre peut changer une trajectoire. Qu’une femme qui prend soin d’une autre femme participe discrètement à réparer le monde.

Depuis soixante-quatorze ans, les Nouvelles Esthétiques racontent cette histoire-là : une histoire de passion, de travail et de transmission. Une histoire qui continue de s’écrire chaque fois qu’une esthéticienne ouvre son institut, accueille une cliente, apaise une inquiétude ou révèle une beauté oubliée.

J’aime imaginer Humbert Pierantoni entrant aujourd’hui dans les allées du Congrès.

Il découvrirait les neurosciencesl’intelligence artificielle, les soins signature, les expériences immersives et les spas de longévité. Puis il reconnaîtrait sans doute l’essentiel.

Des femmes passionnées qui cherchent à faire du bien. Des professionnels qui apprennent les uns des autres. Une famille qui continue à croire en leur métier.

Et peut-être sourirait-il en pensant que, finalement, son intuition de 1952 était la bonne.

Car les modes passent, les technologies évoluent, les métiers se transforment. Mais le besoin profondément humain de prendre soin des autres, lui, ne vieillit jamais. Prendre soin des autres n’a jamais été un petit métier. C’était un métier d’avenir.

Laisser un commentaire