Le masculin sacré, une puissance intérieure au service du vivant

Dans un monde en quête de repères, la question du masculin se pose avec une acuité nouvelle. Non pas dans une nostalgie d’une virilité brute ou conquérante, ni dans un rejet du féminin, mais dans un appel profond à une réconciliation intérieure. une autre voix s’élève : celle d’un masculin réconcilié, conscient, enraciné. Le masculin sacré ne revendique ni pouvoir, ni domination : il s’incarne comme une présence verticale, enracinée et consciente, souvent associée aux archétypes du roi bienveillant, du sage, du guerrier pacifié, du père protecteur ou de l’amant éveillé.

Ce masculin-là n’a pas besoin d’écraser pour exister. Il structure sans enfermeragit sans violenceguide sans imposer. Il offre un espace, une contenance, une stabilité précieuse à une époque marquée par l’agitation et l’hyper-réactivité. Sa puissance n’est pas dans le bruit mais dans la tenue silencieuse d’un axe, dans la fidélité à des valeurs profondes, dans la capacité à rester présent même dans l’inconnu ou la tempête.

Longtemps privé de rites de passage, le masculin contemporain cherche aujourd’hui des chemins d’initiation : des expériences qui lui permettraient de devenir homme pleinement, non selon un modèle imposé, mais à travers un ancrage spirituel dans le monde, une écoute du vivant, une responsabilité assumée. Redonner du sens à ce parcours intérieur, c’est redonner au masculin son souffle sacré, non pas au détriment du féminin, mais à ses côtés, dans une danse d’équilibre et de complémentarité.

Dans nos sociétés modernes, ces passages ont souvent disparu ou ont été remplacés par des simulacres (réussite sociale, conquêtes sexuelles, affirmation virile) qui ne nourrissent pas l’âme. Or sans passage véritable, l’homme reste en errance, soit figé dans une adolescence éternelle, soit écrasé par une pression qui ne dit pas son nom.

Redonner une place à ces initiations contemporaines à travers le travail sur soi, les cercles d’hommes, les expériences rituelles, le lien au vivant permet de retrouver une maturité intérieure, fondée non sur la performance, mais sur la présence et la responsabilité.

Le masculin sacré s’exprime à travers une pluralité d’archétypes. Il ne s’agit pas d’un modèle unique mais d’un mandala intérieur, fait de forces complémentaires :

  • Le Roi incarne l’autorité juste, la générosité souveraine, la vision d’ensemble. Il est celui qui bénit, ordonne et veille.
  • Le Guerrier pacifié n’a pas besoin d’ennemis pour exister : il sait dire non, poser des limites, se battre pour la vie et non contre autrui.
  • Le Sage écoute avant de parler. Il transmet, éclaire, médite. Il est en lien avec le temps long, avec l’Invisible, avec la mémoire des anciens.
  • Le Père protège, contient, veille à la croissance. Il n’est pas possessif mais encourage l’autonomie.
  • L’Amant conscient honore la beauté, le désir, la sensibilité, sans confondre amour et possession.

Ces figures ne sont pas des rôles à jouer mais des énergies à éveiller, à équilibrer entre elles, dans un mouvement intérieur subtil. Trop de roi sans guerrier et l’homme devient autoritaire. Trop d’amant sans sage, et il devient instable. L’alchimie de ces forces ouvre un chemin de conscience.

Le masculin sacré ne flotte pas dans les hauteurs : il s’enracine. Il ne craint pas le corps, ni du monde. Il incarne la verticalité, entre ciel et terre, reliant les forces célestes et les réalités concrètes. Il ne cherche pas à fuir, mais à habiter pleinement la vie, à se tenir debout avec clarté et engagement.

Cette posture intérieure invite à une spiritualité active : non pas une fuite mystique, mais une présence ancrée, une capacité à être pilier, gardien, serviteur du vivant. Dans le couple, dans la société, dans la nature, cet homme-là ne prend pas toute la place, mais tient la sienne.

Il sait aussi accueillir l’émotion sans s’y noyer, contenir sans fermer, aimer sans fusionner. Il ne cherche pas la perfection mais la justesse. Il est en marche, humblement, sur un chemin de réconciliation avec sa lignée, ses blessures, ses ombres. Il ne craint pas de pleurer, ni d’aimer, ni de se taire.

Éveiller le masculin sacré, c’est réhabiliter l’homme dans sa dimension profonde, reconnectée, essentielle. C’est offrir à chacun, homme ou femme, la possibilité de se tenir droit dans sa vérité, au service du vivant.

Le masculin sacré n’est pas invulnérable. Il n’a plus besoin de l’armure pour être respecté. Au contraire, il apprend à accueillir ses failles, à ne pas les cacher ni les ériger en fierté, mais à les traverser avec présence. La vulnérabilité devient alors un lieu de puissance : là où l’on ose dire « je ne sais pas », « j’ai peur », « je suis touché ».

Le masculin sacré n’est pas un contre-pouvoir au féminin sacré : il en est l’allié naturel, le miroir vivant. Ensemble, ils ouvrent la voie d’un monde rééquilibré, où la force n’est plus séparation mais union, où la puissance n’est plus violence mais présence consciente.

Loin d’être une faiblesse, cette ouverture est une porte vers l’authenticité. C’est dans la brèche ouverte que naît la vraie rencontre. L’homme qui ose être vulnérable cesse de jouer un rôle. Il devient humain, pleinement.

Pour beaucoup, le chemin du masculin passe par une rencontre avec le père : celui qu’on a eu, celui qu’on a manqué, celui qu’on n’a jamais compris. Tant que cette figure reste floue, blessée ou idéalisée, l’hommepeine à se tenir dans son axe. Il est en lutte, ou en fuite.

Le masculin sacré invite à oser regarder ce lien fondateur, sans jugement, mais avec lucidité. Pardonner, comprendre, réhabiliter, non pas pour excuser, mais pour se libérer des chaînes invisibles. Certains pères n’ont pas su aimer. D’autres ont transmis sans mots. Mais à travers eux, c’est toute une lignée masculine qui cherche aujourd’hui à guérir.

Réconcilier le père, c’est aussi devenir père de soi-même. Se donner ce qu’on n’a pas reçu. Devenir enfin adulte, non dans la dureté, mais dans la responsabilité aimante.

Les sociétés traditionnelles le savaient : un homme ne naît pas, il se devient. Ce devenir passait autrefois par des rites de passage : des temps de séparation, de mise à l’épreuve, de transmission. Ces expériences symboliques permettaient de mourir à l’enfant pour naître au monde adulte, avec un sens du sacré, une place dans la communauté.

Aujourd’hui, ces rites ont disparu, laissant place à des formes creuses : conquête sexuelle, compétition, validation sociale. Pourtant, de nouveaux espaces émergent (cercles d’hommes, retraites initiatiques, accompagnements spirituels) où se vit une autre forme de transmission. Loin des clichés virils, ces lieux offrent une parole, une écoute, une fraternité rare. Ils permettent à l’homme de renouer avec ses archétypes fondateurs, et d’entrer dans une maturité intérieure.

Le corps masculin a longtemps été perçu comme outil, arme, machine. On lui a appris à performer, à tenir, à ne pas sentir. Mais dans ce culte de la maîtrise, la sensibilité a été étouffée.

Le masculin sacré propose une autre approche : un corps habitéressentiréconcilié avec le vivant. Non plus un corps qui prouve, mais un corps qui écoute. À travers le mouvement, le souffle, la danse, la nature, l’homme retrouve le plaisir d’être vivant, sans enjeu de domination.

Ce corps réenchanté devient temple : il n’est plus coupé de l’âme, il en est le réceptacle.

Trop souvent, la sexualité masculine a été réduite à la performance, à la conquête, à la décharge. Cette vision appauvrit le lien à l’autre, mais aussi à soi-même. Elle crée du vide au lieu de communion.

Le masculin sacré invite à une sexualité consciente, lente, enracinée dans le cœur et non dans l’ego. Une sexualité qui ne prend pas, mais qui partage, révèle, guérit. Cela demande de désapprendre, d’oser la lenteur, le silence, la caresse subtile. D’oser aussi exprimer ses besoins, ses peurs, ses blessures sexuelles, souvent tus.

La rencontre devient alors sacrée : un espace de transformation, un miroir de l’âme, une prière incarnée.

On a souvent appris aux hommes à se taire. À ne pas pleurer, ne pas parler trop. À garder pour soi. Ce silence, qui devait être force, est devenu fardeau. Derrière, il y a des cœurs pleins, des mémoires lourdes, des mots jamais dits.

Le masculin sacré autorise la parole vraie. Pas celle qui bavarde, mais celle qui vient du ventre. Celle qui dit « je me sens seul », « je suis en colère », « je cherche du sens ». Dans les cercles, les thérapies, les échanges vrais, les hommes découvrent qu’ils ne sont pas seuls. Que leurs blessures résonnent, et que leur parole a du poids, non pour dominer, mais pour relier.

Parler, pour l’homme sacré, devient un acte de courage et de guérison.

Enfin, l’homme du masculin sacré ne se vit pas en conquérant de la Terre, mais en gardien du vivant. Il sait qu’il est lié aux cycles, aux forêts, aux animaux, aux rivières. Il n’existe pas au-dessus du monde, mais dans un dialogue sacré avec lui.

Cette écologie profonde est une posture intérieure : elle naît de l’humilité. Elle invite à agir, non par peur, mais par amour. L’homme devient protecteur, bâtisseur de paix, passeur entre les règnes. Il ne cherche pas à dompter la nature : il l’honore.

Revenir au masculin sacré, c’est aussi revenir à la Terre, les pieds nus, le cœur ouvert, et l’esprit vaste.

En conclusion de cet article, j’ai posé quelques questions à Franck Alexis et à David Dumas dont vous retrouverez le témoignage dans chacun des articles sur le Masculin Sacré.

Franck Alexis est thérapeute, créateur de massage spécifiques et originaux, formateur, maitre de stages de massages tantriques et chercheur infatigable. 

« Ma priorité avec les hommes est de réconcilier leur puissance et leur vulnérabilité, leur force et leur douceur. Tout ceci avec l’ancrage et l’écoute du cœur. Car dans l’inconscient collectif, on a tendance à opposer ces deux natures. 

Souvent la puissance est confondue avec une forme de violence et de pouvoir. Cela vient souvent de l’éducation dans laquelle il y a une croyance qui affirme que plus un homme est puissant, plus il est viril. Cela se vérifie tous les jours, dans le couple, dans la sexualité, dans le travail, dans la société en général. Mais il y a cette part de vulnérabilité qui constitue aussi la puissance. Donc, mon action, est que les hommespuissent se vivre puissants et vulnérables. Les deux ne sont pas liés, Les deux sont la même chose. En fait, la vulnérabilité, c’est la puissance. C’est le début de mon travail : Constater et permettre à l’homme de pouvoir se défaire de ce dogme qui sépare. D’abord une réunion et essayer d’associer ces polarités et de réunir tout ce qui est en principe de l’ordre de la séparation. C’est la première prise de conscience : ils accueillent leur vulnérabilité, une fois qu’ils se sentent en sécurité.

Cette problématique de puissance se retrouve dans le rapport à l’argent, à la position sociale, à la puissance sexuelle, à la performance sexuelle ou sa multiplicité. Et des discours du type : je suis le chef de famille et je suis le Tout Puissant. Ou bien : Est-ce que je vais avoir une érection assez longtemps ? Est-ce que je ne vais pas être éjaculateur précoce ?

Ceci est la première étape de travail en profondeur que je propose de faire avec les hommes. »

« Il faut réaliser que lorsqu’on s’avance vers son masculin sacré, on devient presque un rebelle. Cela conduit à une forme de scission ou de rébellion. Tout d’abord avec soi-même quand on dit : non ! je ne veux pas être l’homme qu’on a décidé pour moi, je veux être l’homme qui est bon pour moi, l’homme qui va être bon aussi pour les autres. Je veux incarner cette dimension sacrée. C’est à ce moment-là qu’on va rencontrer le Divin

Mais, on ne peut faire l’économie d’une forme de rébellion pour casser le système mis en soi et refuser d’adhérer au code mis en soi et qu’on n’a pas choisi. Les hommes ont besoin de renouveler cet engagement avec eux, même s’ils sont bien avec le père. Ils ont besoin de couper les liens, pas affectifs, mais couper les liens transgénérationnels.

Cela change le rapport à la femmeL’homme devient comme un arbre, solidement enraciné et totalement contemplatif. A ce moment-là la femme peut danser et jouir de sa danse. L’homme va se nourrir de la jouissance féminine à travers ça et cela devient complètement divin. »

Après un parcours dans la mode, David Dumas, qui est un homme gay, s’est tourné vers le massage, la thérapie et l’accompagnement. Son parcours témoigne d’un engagement de conscience autour de la libération des idées reçues, des comportements masculins, des émotions et de la parole. Dans ses soins, à Paris, il reçoit dans son centre « Mémoire de peau » aussi bien des hommes que des femmes, des hétéros que des gays. Il anime également des retraites et des groupes d’hommes afin de libérer parole et émotions.

Libérer les idées reçues sur le toucher et les réactions.

« Ce que je fais n’est pas nécessairement du massage tantrique. C’est souvent un massage classique avec des demandes classiques de fatigue, mal au dos, et dans ce cas-là je reçois des hétéros (dont souvent le rendez-vous est pris par leur femme) ou des hommes gays. De mon côté, quels que soient mes positionnements personnels intérieurs, j’ai besoin dans mes soins de me sentir dans une appartenance au masculin. Les hommes souvent me disent qu’ils n’ont jamais été touchés comme cela par un homme. Et puis, je pense que le fait de travailler le corps au niveau de l’intériorité est très important. Et nous voyons, eux comme moi (c’est un travail d’équipe), le ressenti, l’émotion qui est associée, parce qu’on va toujours chercher l’émotionnel dans le corps. Parce que une fois qu’ils ont conscience de ça, il faut vraiment les aider à se positionner, rentrer dans l’affirmation. Donc ma porte d’entrée, c’est vraiment le corps et la dimension émotionnelle et surtout l’intériorité. »

« Afin de « désamorcer » ce tabou, je parle d’emblée d’une érection potentielle. Je laisse le choix de la nudité ou du slip et je dis que l’érection peut survenir, ce qui est normal et ne pose aucun problème. Le corps parle ainsi. Cela ne signifie pas qu’il y aura un « après » dans le massage. C’est plus compliqué pour les hétéros, dans la mesure où je suis gay, ils se posent des questions sur eux-mêmes, sur les doutes et les jugements qu’ils peuvent avoir à ce niveau-là. Cela fait partie du travail intérieur. » 

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