« Une femme saine est semblable à un loup. Elle est puissante, pleine de vie, consciente de sa propre force, elle est ancrée dans les cycles de la nature, elle sait protéger et nourrir, elle est intuitive, loyale, parfois farouche. » Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups
Ce sujet me semble si primordial que je vais publier 3 articles sur le Féminin sacré, à intervalle d’une semaine. A vous de suivre.
En quête d’équilibre

Le monde vacille. Un vieux monde, sec, raide, rationnel jusqu’à l’épuisement, cherche l’équilibre en tâtonnant dans la brume. À la surface, les sociétés trébuchent ; en profondeur, les âmes s’éveillent. Depuis les creux de l’histoire, une mémoire oubliée frappe doucement à la porte : celle du féminin sacré, cette force fluide, matricielle, cyclique, longtemps refoulée.
Ce retour n’est pas une revanche. Il n’est pas un cri contre l’homme, ni une posture spirituelle d’apparat. Il est un souvenir vivant, une résurgence tellurique, une invitation à redevenir temple. Face au masculin sacré, axe vertical, direction, feu, le féminin sacré se présente comme espace d’accueil, d’écoute, de mystère fertile. Ensemble, ils tissent le vivant.
Le féminin sacré : essence et archétypes
Le féminin sacré n’est pas affaire de genre. Il ne se limite pas à l’anatomie ou à une sociologie de la femme. C’est une énergie archétypale, une polarité universelle, présente en chacun·e. On peut la sentir dans la lune, la mer, le ventre, le rêve, le silence. Elle est la part de nous qui reçoit, sent, relie, enfante, transforme.
Les grandes traditions spirituelles, chamaniques, orientales, ésotériques, l’ont nommée de mille façons. Dans le panthéon grec, elle est Déméter, déesse des moissons et de la maternité, capable d’arrêter les saisons pour retrouver sa fille. Dans l’Égypte ancienne, elle est Isis, la magicienne, sœur-épouse et mère du monde, reconstituant Osiris morceau par morceau pour le ressusciter. Elle est aussi Lilith, dans la Kabbale, femme libre et indomptable, trop verticale pour les textes saints.
Le féminin sacré se manifeste par des visages multiples :
- La Mère, nourricière et protectrice
- La Prêtresse, gardienne des seuils et des mystères
- La Sorcière, connectée aux forces invisibles
- La Guérisseuse, corps-médecine
- L’Amante, feu charnel et sacré
- La Sage, mémoire du monde
Ces visages ne sont pas des rôles figés. Ils sont des passages, des états d’âme, des possibilités à incarner.
Blessures du féminin : mémoire d’un refoulé

Mais le féminin n’a pas toujours eu sa place dans le cercle. Pendant des siècles, il fut craint, réprimé, dépossédé de sa puissance. On brûla ses prêtresses, on humilia ses sorcières, on réduisit ses sages-femmes au silence. On qualifia d’irrationnel ce qui échappait à la norme patriarcale.
« Quand une femme perd contact avec sa nature instinctuelle, elle se sent mal, vulnérable, déconnectée. »Clarissa Pinkola Estés
Le féminin blessé porte en lui la peur de déranger, la honte du désir, la colère muette des lignées oubliées. Il se traduit parfois par une hyper-rationalité, une perte de confiance dans l’intuition, un exil du corps. Il est cette part de nous qui a intériorisé l’interdiction d’être vaste, changeante, mystique.
Ces blessures sont individuelles et collectives, conscientes et inconscientes, récentes et ancestrales. Elles traversent les femmes, mais aussi les hommes, car chaque masculin a besoin de son féminin pour se sentir entier.
Par-delà la dénonciation : de la justice à la guérison
Le mouvement #MeToo a ouvert une brèche nécessaire. Il a permis à des millions de femmes de nommer enfin ce qui avait été longtemps tu, nié, enfoui : les abus, les emprises, les dominations, les blessures sexuelles, physiques, symboliques. Ce soulèvement a ébranlé les fondations d’un système de pouvoir longtemps bâti sur le silence des corps. Il a rendu visibles les impensés, les violences systémiques, les zones grises du consentement. Il a redonné aux femmes une parole publique, politique, et souvent salvatrice.
Mais il est un point d’ombre que peu osent nommer : la libération de la parole n’est pas encore la guérison. Elle est l’amorce, l’étincelle, le cri nécessaire, mais non la transmutation. Car hurler n’est pas encore se réparer, et dénoncer n’est pas encore se réconcilier avec soi-même, avec l’autre, avec le masculin. Il existe un risque subtil : celui de rester figée dans la colère, d’ériger la blessure en identité, de faire du trauma un étendard sans traversée.
Le féminin sacré invite à honorer la vérité de la douleur, mais aussi à la traverser pour ne plus s’y réduire. Il appelle à une justice juste, mais aussi à une alchimie intérieure. Il ne nie ni les fautes ni les réparations nécessaires. Mais il rappelle que le cœur véritable du féminin n’est pas dans la revanche, mais dans la résilience, la sagesse, et la puissance retrouvée.
Réveil du féminin sacré : un chemin de reconnexion

Le retour du féminin sacré n’est pas une mode. C’est un mouvement de fond, souterrain, tellurique. Il s’incarne dans les cercles de femmes, les rituels lunaires, les retraites de reconnexion, les accouchements conscients, les gestes simples de soin. Il se murmure dans les plantes, les chants, les danses. Il s’apprend dans le silence.
Ce réveil commence souvent par le corps : écouter son cycle, ressentir ses limites, honorer ses émotions, accueillir le vide fertile. Il passe aussi par l’imaginal : les rêves, les symboles, les archétypes. Il invite à ralentir, à nourrir, à pleurer, à créer.
Le féminin sacré n’est pas une injonction à être douce, sage ou belle. Il est la permission d’être sauvage, multiple, indomptée, nue dans l’être. Il est l’acte révolutionnaire de se rappeler que le corps est temple, que le silence est sagesse, que l’invisible est réel.
Une spiritualité incarnée : nature, mystère, présence
Le féminin sacré est une spiritualité de la chair et du monde, une voie qui ne sépare pas le ciel de la terre. Il ne cherche pas l’élévation hors du corps, mais la pleine descente dans l’expérience. Il honore le sang menstruel comme un oracle. Il perçoit dans la forêt, une cathédrale. Il prie avec les mains, avec les hanches, avec les larmes.
Cette voie spirituelle est écologique par essence, car elle reconnaît le lien profond entre le corps et la planète, entre les cycles menstruels et lunaires, entre la sexualité et la créativité. Elle est sororale, inclusive, rituelle, sensuelle.
Elle dit : le divin n’est pas seulement dans le ciel. Il est dans la matrice, dans la nuit, dans la douceur qui veille, dans la sagesse de l’eau.
Vers une alliance féconde avec le Masculin Sacré

Ce réveil du féminin sacré ne vise pas à rejeter le masculin. Bien au contraire : il prépare la rencontre. Lorsque le féminin guéri s’incarne, il appelle un masculin capable d’écouter, de protéger sans posséder, de porter sans dominer.
Il s’agit alors d’une union alchimique intérieure, d’un mariage mystique entre polarités. En alchimie, on l’appelait le hieros gamos, les noces sacrées. Le Graal n’était pas une coupe à posséder, mais un état d’unité intérieure où le feu masculin féconde la coupe féminine.
Cette alliance est la clé d’un monde nouveau, non plus hiérarchique, mais circulaire ; non plus guerrier, mais relié.
Devenir temple
Le féminin sacré n’est pas un dogme. Il n’est pas une esthétique. Il est un rappel profond, une musique ancienne, qui nous murmure que nous ne sommes pas séparés. Il n’est pas là pour séduire, mais pour transformer. Il ne cherche pas à être prouvé, mais à être senti.
Se réapproprier le féminin sacré, c’est redevenir terre fertile, source, pont entre les mondes. C’est devenir temple, en soi, pour soi, pour l’autre, pour le vivant.
« Être soi-même une prière. Une offrande. Une forêt. »
Julie Alexis, la femme qui répare

En conclusion de cet article, j’ai posé quelques questions à Julie Alexis dont vous retrouverez le témoignage dans chacun des articles sur le Féminin Sacré.
Julis Alexis est massothérapeute, maitre de stage en Tantra et formatrice en massage tantrique et surtout (ce qui compte beaucoup pour moi) elle a une intégrité et une sagesse qui va au-delà des activités. Je lui ai posé quelques questions sur notre sujet du jour.
« Réapprendre à Être »
Dans les stages que j’anime autour du féminin sacré, l’un des grands basculements que je propose, c’est de guider les femmes vers la sensation de leur puissance intérieure. Pas seulement la puissance féminine, douce, intuitive, réceptive, mais aussi leur puissance masculine : celle qui agit, qui pose le cadre, qui protège. Il ne s’agit pas de choisir l’un ou l’autre, mais de réconcilier les polarités pour retrouver une puissance intégrale, unifiée.
Beaucoup de femmes vivent dans une logique de faire : faire bien, faire mieux, faire assez. Elles sont épuisées par cette injonction invisible à toujours devoir prouver leur valeur à travers l’action. Et peu à peu, elles se coupent de l’expérience simple d’Être.
Ce que j’invite, à travers les massages tantriques, les respirations, les pratiques sensorielles, c’est un retour au ressenti profond. Un retour au corps, au souffle, au silence. Car le toucher, sacré et conscient, permet d’ouvrir une autre porte. Celle où l’on ne cherche plus à « faire » l’amour, mais à être amour. Où l’on ne cherche plus à posséder, mais à vibrer.
Conjuguer à nouveau le verbe être, plutôt que vivre sous la dictature du faire et de l’avoir. Voilà l’un des passages les plus puissants que je propose. Et il transforme tout.
Un des grands tabous que je rencontre dans mon accompagnement, notamment en séances individuelles ou lors des massages, c’est celui de l’absente sexualité, ou plutôt, de la sexualité blessée, entravée, parfois dissociée. Et ce n’est pas rare. C’est même, à vrai dire, beaucoup plus répandu qu’on ne le croit.
« Guérir le corps blessé, réhabiliter le sacré »

Grâce aux cercles de parole et à l’espace de non-jugement que nous créons ensemble, les femmes commencent à oser parler. Ce qui était tu pendant des années se dépose aujourd’hui, timidement d’abord, puis avec plus de clarté. Beaucoup partagent leurs blessures intimes : attouchements, incestes, violences silencieuses mais profondément marquantes. Ces récits sont souvent confiés en petits groupes, ou dans l’intimité d’un entretien. Et ce qui revient, de manière glaçante, c’est la fréquence des abus intrafamiliaux, principalement liés au père ou au grand-père. Ces expériences déchirent non seulement le lien au corps, mais aussi l’image du masculin, l’idée même de confiance.
Alors, dans mes accompagnements, je propose un retour au corps sacré. Un travail délicat, lent, toujours respectueux, qui commence par la réhabilitation des zones blessées. Le massage tantrique devient ici un soin, un acte de réparation. On travaille beaucoup la face antérieure du corps : le cœur, le ventre, l’utérus, la yoni, l’intérieur des cuisses. Toutes ces zones gardent l’empreinte du choc, mais aussi la mémoire du sacré.
Mais ce n’est pas ma main seule qui soigne. Ce qui est fondamental, c’est que la femme elle-même reprenne possession de son corps, de ses sensations, de son toucher. Je suis là pour accompagner, contenir, écouter. Mais la main qui guérit, c’est la sienne. C’est elle qui, en posant ses paumes sur sa poitrine, son ventre, sa vulve, entame le chemin du retour à elle-même. Ce geste, si simple en apparence, est d’une puissance inouïe.
Car c’est là que commence la transmutation : le corps cesse d’être un territoire violé pour redevenir un sanctuaire vivant. Ce travail n’est ni facile, ni rapide. Mais il ouvre la porte à une vraie renaissance.
Pour communiquer davantage :
franck.julie.alexis@gmail.com www.stage-massage-developpement.com
